Un an…

17-09-2010

Un an aujourd’hui, à cet instant même, que nous recevions probablement la pire nouvelle que nous pouvions recevoir. La mort de notre mère … assortie d’un nombre de coups de couteaux. C’était le début d’un cauchemar qui n’est pas encore terminé. Notre oncle écrivait sur son Facebook ce que tout le monde se demandait… pourquoi? Cette question reste toujours sans réponse, bien que ces réponses existent.

Un an plus tard, l’assassin est toujours incarcéré dans la petite prison de campagne de Isla Mujeres. Un an plus tard : après deux évaluations psychologiques démontrant qu’il a un trouble de personnalité antisocial; un CAT Scan négatif (soi-disant perdu par l’hôpital); une évaluation psychiatrique dont les résultats préliminaires pointent sur une absence de trouble psychiatrique; de nouveaux examens du cerveau sont à nouveau octroyés par le juge, aux frais de l’État mexicain, pour tenter désespérément d’innocenter cet animal qui a aussi tué sa propre mère à coups de marteau.

Ces technologies n’ont été utilisées que dans un seul et unique cas aux États-Unis et ont finalement été réfutées par la cour. L’université de Californie (UCLA) à Santa-Barbara a présentement des protocoles de recherche pour l’utilisation des neurosciences en criminologie. Toutefois, bien que les experts sont unanimes et qu’il est impossible de déterminer la responsabilité criminelle d’un individu avec de tels examens, à Isla Mujeres, c’est possible.

Notre mère qui a tant donné, tant fait pour cette île et ses habitants. Elle se voit maintenant refuser la justice pour protéger le tourisme dont elle a fait la promotion pendant 10 ans. En plus, sa réputation a été trainée dans la boue dans les médias locaux pour tenter de justifier l’injustifiable. D’un point de vue économique, chaque dollar dépensé dans leur industrie touristique est un dollar de plus qui supporte et endosse le comportement des autorités.

Certains isleniots font ce qu’ils peuvent, mais beaucoup restent désabusés face à un système de justice qu’ils ne connaissent que trop bien. Le simple exemple de l’utilisation de technologies dignes de la science-fiction suffit à illustrer l’absurdité qui peut régner. Ces examens repoussent la date du procès qui devait, en vertu de la Constitution mexicaine, avoir lieu dans les douze mois suivant le crime.

Pour ce qui est de tenter de comprendre pourquoi, jusqu’ici la « bonne amie de Renée Wathelet » dont il est question à plusieurs reprises sur ce site refuse toujours de parler. Helena dit « ne pas vouloir être mêlée à cette histoire ». Malgré qu’elle entretenait une relation avec l’assassin et qu’elle nous ait déjà donné des bribes d’informations cruciales (nous avons un enregistrement audio de ses déclarations), elle préfère protéger l’assassin plutôt que le mémoire de son amie. Nous avons essayé très fort pour avoir un minimum de coopération.

Même si un rapport d’enquête étoffé a été remis aux autorités, aucune suite n’a été portée. Ceci a, entre autres, mis au jour un individu proche de notre mère, lui aussi ami d’Helena, ayant deux mobiles plausibles pour la vouloir morte. Il apparait sur des photos en compagnie de l’assassin. Les photos ont été prises par Helena. L’individu et Helena nous avaient demandé de détruire ces photos dès que nous aurions en notre possession l’ordinateur portable de notre mère…

Cette personne a aussi reçu un appel qui a duré 9 minutes, 47 secondes, à 10:37 depuis le téléphone portable de notre mère le matin du meurtre. Rappelons que le médecin légiste place l’heure du décès à 9:45. Les seules personnes qui étaient présentent sur la scène de crime (où se trouvait l’appareil) à cette heure étaient : la police, le procureur, les experts et l’assassin. L’enquêteur en charge nous a assuré que ni lui, ni ses hommes n’ont logé un appel depuis cet appareil. Quand la police a finalement daigné, six mois plus tard, à demander à l’individu qui l’avait appelé, il a répondu tout bonnement qu’il n’avait pas de téléphone cellulaire. Ce qui est évidemment faux, mais la police n’a pas voulu pousser plus loin pour des raisons encore inconnues. Ceci ne fait que s’ajouter au traitement particulier des autorités mexicaines face à ce crime odieux.

Ces faits peuvent être purement circonstanciels et avoir des réponses simples, nous attendons toujours que la police fasse son travail et amène des réponses. Les expertises l’ont démontré, l’assassin n’est pas un cas psychiatrique. Il a de sérieux problèmes de comportements, mais comprend ce qu’il a fait et n’éprouve aucun remord. Il a aussi plaidé coupable aux chefs d’accusations qui pèsent contre lui. C’est un individu dangereux, point. La roue tourne et nous revenons à la question clé, pourquoi…

Les Affaires étrangères canadiennes ne veulent pas s’en mêler et pourraient faire une différence. Le ministère semble choisir les citoyens qu’il aide et nous n’en faisons pas partis. Faudrait-il avoir résidé dans une circonscription convoitée par le gouvernement le plus à droite de notre histoire? Nous avons droit à des délais outrageusement ridicules pour avoir des réponses vides et garnies d’arguments plus improductifs les uns que les autres.

Le premier ministre utilise les prérogatives royales pour permettre à son gouvernement de ne rien faire pour les citoyens canadiens éprouvant des difficultés en dehors des frontières du pays. Ces prérogatives n’ont jamais été utilisées dans les autres pays anciennement sous gouverne britannique. Même au Canada, cela ne s’est jamais vu avant. Aucun autre pays du G8 ne montre un tel mépris pour la dignité et le respect de ses citoyens à l’étranger.

Un an plus tard, l’onde de choc résonne encore. Il est toujours aussi difficile de croire qu’elle a été arrachée à la vie ainsi. Pas une journée ne passe sans avoir le sentiment de se réveiller et que tout ceci n’est qu’un cauchemar sans nom. Le temps s’est arrêté et l’horreur de ce que l’humain est capable continue de frapper de plein fouet comme les pulsations d’une horloge.

Un an plus tard, c’est la mémoire de notre mère et de la dame qu’elle était que nous préférons honorer. Les témoignages que nous avons reçus et recevons encore sont touchants. Nous n’avions jamais eux conscience de son vivant de l’ampleur du bien qu’elle a pu procurer à ceux qu’elle aimait. Il est aussi réconfortant de savoir qu’elle était heureuse et qu’elle a vécu la vie qu’elle voulait jusqu’au bout (excluant les dix dernières minutes), des fois contre vents et marrées. Ceux qui l’ont bien connu le savent, même dans les pires moments, elle était capable de voir le bon côté des choses et se relevait inévitablement. Elle nous a transmis cette force de caractère, cette volonté de rester debout et foncer même dans l’adversité.

Il y a un an, dans les heures avant sa mort, elle publiait un dernier billet sur son blogue: Des pas sur le sable, au petit matin.

Reposes en paix

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