Situation au Mexique

En juillet 2006, le président Felipe Calderón est élu. En décembre, il prend le pouvoir. Le 11 décembre marque le début la guerre contre la drogue avec l’envoi de 6500 troupes fédérales. Aujourd’hui, c’est au nombre 45 000 que les forces l’ordre combattent les cartels. Plus de 23 000 personnes ont déjà perdu la vie directement à cause du conflit. La ville frontalière de Ciudad Juárez est une zone de guerre où même du personnel diplomatique des États-Unis d’Amérique a été tué par balle.

Beaucoup d’attention médiatique est portée à la région frontalière du nord. C’est principalement par cette région que la drogue passe aux États-Unis. Le Mexique est un grand producteur de cannabis, de méthamphétamine, et maintenant aussi, d’héroïne. Cela implique de la production et de la distribution à travers le pays. Toutefois, les cartels sont aussi très actifs dans les points d’entrée de la drogue en provenance d’Amérique du Sud, principalement la cocaïne. Les points d’entrée principaux sont Cancún, Playa Del Carmen et Acapulco. Des endroits fortement fréquentés par les touristes.

Régulièrement, le Mexique blâme les États-Unis concernant la guerre contre la drogue. Le principal reproche étant que la consommation de drogue aux États-Unis est la source de tous leurs problèmes. Réalistement, la population américaine n’a pas commencé à consommer massivement de la drogue à partir de 2006, et de plus, la consommation nationale semble très bien se porter. Un autre cheval de bataille est la vente d’arme aux États-Unis qui traversent ensuite au Mexique. Bien qu’il soit indéniable que ce trafic existe, si on regarde bien les photos de saisies, parmi les fusils d’assaut, on retrouve beaucoup d’armes de fabrication russe, ainsi que des grenades et des lances rocket. Aucun commerce licite ne vend ce type d’armement. Ceci illustre rapidement et simplement le dogmatisme des propos avancés par le président Felipe Calderón.

Au classement Forbes des 100 personnes les plus puissantes, la 41e position revient à Joaquin « El Chapo » Guzman, un des chefs des cartels mexicains. L’argent des cartels profite au régime en place. Les représentants de l’ordre sont parfois plus bandits que les criminelles qu’ils chassent. Les policiers honnêtes qui osent parler contre leur collègue se font réprimander violemment et préfèrent se taire. Les cartels ont infiltré toutes les couches du système légal et peuvent ainsi agir en toute impunité.

Cette guerre, et la situation politico-économique, sont en voient de modifier profondément le pays. Depuis 2007 des changements se font ressentir dans toutes les sphères de la société. Malheureusement, ce ne sont pas des changements pour le mieux. Montée de la corruption, du niveau de criminalité, du coût de la vie, de la pauvreté … tous des ingrédients potentiellement explosifs pour toute société.

Des revues comme Foreign policy reflètent ce qui se dit dans les cercles diplomatiques depuis maintenant plus d’un an: le Mexique est sur la route de devenir un état déchu, s’il ne l’est pas déjà. Bien que le terme peut être perçu comme étant un peu fort, cela n’enlève rien à la réalité actuelle du pays et des préoccupations que cela engendre. La corruption a atteint des niveaux records et s’est infiltrée partout. Ceci représente un des plus grands freins à l’établissement d’une démocratie stable. La violence inouïe et se surpassant chaque jour enfonce aussi le pays dans le chaos et l’anarchie.

La liberté d’expression se voit aussi bafouée si on se fie au niveau de dangerosité associée au métier de journaliste, surtout ceux qui s’opposent aux lignes directrices du régime, et des cartels. Certains journalistes quittent le pays et reçoivent le statut de réfugié, car leur vie est réellement en danger. Selon Reporters sans frontières, en 2006, le Mexique était le pays le plus dangereux pour exercer le métier de journalistes après l’Irak.

Les bévues du système de justice sont de plus en plus exposées. Par exemple, l’affaire Florence Cassez, une jeune française de 35 ans condamnée à 60 ans de prison au Mexique injustement. Elle a fait l’objet d’une fausse arrestation et de faux témoignages, le tout orchestré par nul autre que Garcia Luna, présentement ministre de la Sécurité publique du régime de Calderón. Elle est en enfermée depuis 2005, privée de sa liberté. Des groupes de soutien se sont formés en Europe, en Amérique du Sud et au Canada. Cette situation est sur la voie de se transformer en incident diplomatique entre la France (qui défend ses citoyens) et le Mexique. (Voir la vidéo faite pour Florence)

Le régime central n’impose pas, voir décourage, aux différentes institutions à tenir des statistiques sur le crime. Malgré tout, des entreprises privées tiennent un tableau de bord sur le crime basé sur les événements rapportés dans les médias et d’autres sources d’informations. Prominix, basé à Monterrey, produit des rapports à ce sujet. Ces chiffres permettent de se faire une idée, mais avec des taux de crime non reporté estimé à 88% dans des villes comme Cancún, et de 85% pour l’ensemble de la fédération, nous n’avons qu’une faible idée de la situation réelle.

Le taux d’homicide a vu une légère baisse au milieu de la dernière décennie pour croitre à nouveau. Cette croissance était plutôt stable, sauf dans les six premiers mois de 2009 où une augmentation des homicides de l’ordre de plus de 40% a pu être observée. Le taux d’homicide oscille autour de 12 homicides par 100 000 habitants en 2008. Le Mexique est en 6e position du palmarès mondiale des taux d’homicide pour les pays qui ne sont pas en guerre. Aux États-Unis, ce taux est de 6 et au Canada sous la barre des 2. En date du meurtre de Mme Wathelet, l’État de Quinata Roo se situait au 8e rang des États du Mexique avec un taux de 15.2, les États mexicains du nord comme Sinaloa remportent la palme avec 43.7 et Chihuahua bonne deuxième avec 42.1. Ciudad Juárez est dans ce dernier État.

Quintana Roo reste l’État le plus violent en terme de crime contre la personne à travers tout le Mexique, ex aequo avec Baja California. C’est la capitale mexicaine du viol, 4e au niveau des assauts, 5e pour le vol. Quant à l’indice composé des crimes contre la personne et la propriété, Quintana Roo arrive deuxième. Curieusement, la perception d’insécurité dans cet État est en dessous de la moyenne nationale. Notons que la fédération est composée de 32 états, dont un district fédéral.

Au niveau économique, le Mexique est la 14e économie mondiale. Le secteur des services représente 70% de son PIB et emploie 58% de la population active. L’industrie touristique est la troisième industrie en importance pour le pays et la première en importance pour Qunitana Roo. D’après l’Organisation mondiale du tourisme, plus de 22 millions de personnes viennent visiter le Mexique chaque année. Cela en fait le 8e pays le plus visité dans le monde. 90% de ces touristes proviennent des États-Unis et du Canada. Il est généralement reporté que plus d’un million de Canadiens visitent le Mexique chaque année.

Qunitana Roo, l’état où se trouve Cancún, Riviera Maya, Playa Del Carmen (dont les résidents de la région ont donné le sympathique sobriquet de Playa Del Crimen), Tulum, Isla Mujeres, etc., est prospère en grande partie grâce au tourisme. Cancún a été créée suite à des études du gouvernement pour fonder une nouvelle zone touristique. Le 23 janvier 1970 a commencé la construction des premiers hôtels subventionnés par l’État. À ce moment, 3 personnes habitaient Cancún, 117 Puerto Juarez un peu au nord. Aujourd’hui, la ville approche du million d’habitants et est devenue la capitale économique de l’État. Isla Mujeres est passée d’une modeste population durant ces années, résidant uniquement dans le triangle nord de l’île, à dépasser le cap des 18 000 personnes, incluant une population rotative d’environ 5000 individus. Plus de 1200 chambres sont disponibles sur la petite île pour les touristes.

Que soit pour les ruines mayas, les plages, les touts-inclus, les congrès, tout est là pour passer de belles vacances. Tout, sauf la protection des touristes. La période du spring brake est particulièrement fructifiante pour les assauts, les vols et surtout les viols. La situation est tel qu’en 2010, les autorités américaines ont émis un avertissement au spring braker concernant ces destinations. Les témoignages pullulent quant aux cauchemars vécus par des touristes. Les crimes sont fréquemment perpétrés par des employés des hôtels et des chauffeurs de taxi.

Les policiers sont aussi réputés pour extorquer les touristes. Cela a atteint un tel niveau que certaines compagnies de location de voitures ont fermé leurs bureaux dans la région puisque leur client était systématique arrêté sans raison valable jusqu’à ce qu’il donne de belles sommes aux agents. Les gens qui ont fait la traversée depuis les États-Unis le disent, il faut prévoir autour de 1000$ US de pourboire policier. Comme disent, sous couvert de confidentialité, certains dignitaires mexicains, la corruption policière ailleurs au pays, c’est la petite école, Quintana Roo c’est de calibre postdoctoral.

D’autres endroits qui vivent principalement du tourisme dans le monde mettent en place les mécanismes nécessaires pour protéger leur industrie primaire. Les mécanismes mis en place par le Mexique comme blâmer la victime, stigmatiser l’auteur du crime et tout balayer discrètement sous le tapis avec l’aval de ses partenaires commerciaux sont grandement inapproprié à court, et surtout, long terme. Déployer des militaires lourdement armés dans les zones touristiques n’est pas rassurant non plus. Des solutions durables doivent être apportées. La destruction des fonds marins pour créer des plages n’est qu’un autre exemple du règne de la pensée court terme. Les habitués peuvent déjà remarquer la détérioration des éco-systèmes marins de la région.

Conseils aux voyageurs du Ministère des Affaires étrangères et Commerce international Canada concernant le Mexique.

 

Canadiens tués au Mexique »

 

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