Les crimes se produisent partout, mais…

25-01-2011

Cet article fait suite à l’analyse des statistiques du site et des recherches/mots-clés de ce qui amène les gens sur ce dernier. En espérant fournir les réponses recherchées. Le Mexique n’est plus ce qu’il a déjà été. Nous y avons voyagé avant le meurtre de notre mère et passé de très bons moments. Les suites légales, diplomatiques et politiques de cet évènement tragique et nos séjours sur place nous ont donné une perspective plus approfondie sur ce qui se passe réellement dans ce pays. Oui il y a de la violence des cartels, mais il y a de la violence point, y compris contre les touristes. Pour ceux que ça inquiète, nous avons repris des vies relativement normales et nos activités sans pour autant laisser tomber la poursuite de la justice. Merci de nous lire et nous soutenir.

En date du 10 aout 2010, le conflit débuté en Afghanistan en 2001 a couté 19 629 vies, incluant les combattants de toutes factions, contracteurs, journalistes et civils. Bien que les estimés vont jusqu’à 35 000 depuis le début de la guerre contre la drogue au Mexique en 2006, 27 199 morts ont été comptabilisés et attribuables au conflit. Au bas mot, environ 7500 personnes (38,5%) de plus qu’en Afghanistan en deux fois moins de temps. Ceci est sans parler des autres meurtres non liés à la drogue. L’Afghanistan est une zone de guerre, le Mexique, officiellement, ne l’est pas.

Les autorités mexicaines ne tiennent pas de statistiques officielles au niveau de la criminalité. Seuls, des firmes privées comme Prominix compilent de telles statistiques à partir des informations pouvant être récoltées dans les médias. Dans son dernier rapport, on peut voir que Quintana Roo reste de loin, la capitale du viol au Mexique, et reste en deuxième position, ex aequo avec cinq autres États quant à l’indice composé de crimes violents contre la personne.

La guerre des cartels touchait généralement le Nord, mais au cours de la dernière année, nous avons pu assister à une montée de la violence dans le sud, plus précisément à Acapulco, Cancun et Playa Del Carmen. En plus des décapitations et dépouilles laissées ici et là pour envoyer des messages, il y a l’extorsion des commerces qui finit, parfois, par des cocktails Molotov qui sont lancés dans des bars remplis de touristes. Comme les huit mort à Cancún fin aout 2010.

Remontons aux origines des Los Zetas. Unité d’élite de l’armée mexicaine, ils ont changé leur fusil d’épaule et ont travaillé pour le Cartel du Golf comme armée privée. Ils ont ensuite passé des accords en 2003 avec le Cartel du Golf et le Cartel Beltrán-Leyva pour contrôler leur propre importation de drogue. En février 2010, les Zetas deviennent indépendants et un conflit supplémentaire éclate dans le sud du Mexique, incluant les zones balnéaires. Cancún est un des points névralgiques des Zetas.

Bien que le Mexique a une bonne production nationale de stupéfiants pour l’exportation, incluant la production d’héroïne, la cocaïne provient d’Amérique du sud. Elle rentre au Mexique par voie terrestre (Guatemala, Bélize) et par voie maritime. Les États les plus au sud bordant la mer, et vivant principalement du tourisme, sont Guerrero (Acapulco) à l’ouest, et Quintana Roo (Cancun, Riviera Maya, Playa Del Carmen et Isla Mujeres ) à l’est..

Pour ce qui est des crimes contre les touristes, il est vrai qu’il en arrive partout. Toutefois, pour l’avoir vécu, ce qui entoure le crime est très différent de ce qu’on peut vivre dans les pays dit du premier monde : que ce soit le système de justice approximatif, les médias ou la mentalité d’autruche rampante généralisée pour ne nommer que ceux-là. Nous ne souhaitons à personne de vivre un tel cauchemar, et encore moins de le vivre au Mexique.

Bien que nous commencions à avoir un semblant de justice, ce n’est pas terminé et beaucoup de questions restent sans réponse. Nous sommes aussi un cas d’exception, pas la norme. 98,5% des crimes commis restent impunis selon le Monterrey Institute of Technology.

Dans ce contexte, il est intéressant de voir et entendre la sortie de la représentante fédérale de Quintana Roo, Susana Hurtado Vallejo à Isla Mujeres, concernant l’exagération, selon elle, des avertissements du département d’État Américain. Une fois de plus, plutôt qu’attaquer le problème à la source et par exemple, professionnaliser la police (tel que Calderón avait promis), réduire la misère, souvent source de criminalité, et ainsi de suite, on frappe sur les conséquences de ses propres inactions et les problèmes exponentiels de ces dernières. Ensuite, on blâme les États-Unis car ce sont de gros consommateurs de drogue. Quiconque ait déjà allé au Mexique sait que la drogue ne fait pas que transiter.

D’autant plus intéressant que malgré sa sentence, José Palacios Garza, meurtrier d’au moins deux personnes, incluant sa propre mère, était toujours emprisonné sur l’île au moment de la sortie de Hurtado Vellejo. Il attend toujours son transfert à la prison de Cancun d’où cinq personnes se sont évadées le 31 décembre.

Photo : SIPSE/Novedades : mesure de sécurité d’un tueur multiple au Mexique.

Les affaires de touristes ayant des problèmes au Mexique abondent dans les médias. La semaine dernière encore à Playa Del Carmen, un couple de Canadien a été victime de la police, incluant un viol répété et un vol. N’oublions pas que, selon les données compilées par W5 de CTV, les Canadiens avaient déjà 34 fois plus de chance d’être victime d’un crime au Mexique qu’au Canada. C’était avant l’explosion de la violence. L’endroit le plus sur statistiquement pour aller en vacances : Cuba.

Malgré la situation nationale alarmante et anarchique, le Mexique n’est pas officiellement une zone de guerre, ni un état officiellement déchu. Le Canada recommande de faire preuve d’une grande prudence, et d’éviter les voyages non essentiels au nord du pays. Le département d’État Américain a émis un avertissement à ses citoyens concernant les séjours au Mexique: « La situation pose aussi un risque pour les citoyens américains ». Bien que la zone du nord soit spécifiquement touchée, les informations concernant les zones touristiques citées plus haut restent sans équivoque.

Les autorités Mexicaine font pieds et mains pour garder l’industrie florissante du tourisme prospère qui représente la 3e industrie au pays, et la première industrie dans l’État de Quintana Roo. Ceci inclut compromettre la dignité et la réputation des victimes de crimes, masquer la vérité et quelques fois, bafouer son propre système de justice. Un nouvel exemple de masquage, l’explosion de novembre dernier au Grand Riviera Princess à Playa Del Carmen qui a tué cinq Canadiens.

Le message économique est clair; l’affluence de touriste a augmenté de 35%. Le nombre de canadiens visitant le pays est passé de 1 à 1,4 million en un an. Chaque dollar dépensé au Mexique est un dollar qui cautionne les pratiques actuelles. Serez-vous la prochaine victime ou le prochain commanditaire indirect de crime contre la personne? Il est dommage pour la majorité des gens au Mexique que la situation soit à ce point. La situation ne reflète pas leur hospitalité, leur générosité et leur joie de vivre. La seule condition au triomphe du mal, c’est l’inaction des gens de bien.

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