Sentence

23-12-2010

Ce billet peut sembler teinter de négativisme, mais trop souvent négativisme et réalisme sont confondus. Le contenu est simplement réaliste. Nous sommes satisfaits de la sentence, mais ce n’est pas encore terminé.

photo: José Arturo Palacios Garza, Diario Repuesta

30 ans… c’est la sentence que devra théoriquement purger José Palacios Garza pour le meurtre au premier degré, prémédité, avec circonstance aggravante, de Renée Wathelet. Il s’agit de la peine maximale pour un homicide qualifié dans le Code pénal de l’état où a été perpétré le crime. L’assassin a fait part de sa volonté de faire appel, il a jusqu’au 29 décembre pour le faire à la cour de deuxième instance de Cancún. Une grosse étape de franchie, mais ce n’est pas encore terminé.

Il aura fallu 462 jours pour y arriver, ce qui est relativement rapide si on se fie aux historiques de cas au Mexique. Il aura fallu plusieurs interventions médiatiques, diplomatiques et politiques. Le dossier au Ministère des Affaires étrangères du Canada a plus de 200 notes. Plus d’une année consacrée à temps plein, 300 documents envoyés, incluant un bon nombre de lettres aux diplomates et politiciens. Un coût financier peut aussi être estimé : sans inclure les pertes de revenus et les coûts indirects, arriver à un tel résultat aura couté plus de 30 000$. Nos remercions à nouveau tout les donateurs et le programme d’aide du Ministère de la justice du Canada. Voilà un maigre aperçu de ce qu’a nécessité, à ce jour, la poursuite de la justice, qui est théoriquement un droit fondamental dans des pays démocratiques comme le Canada et le Mexique. De plus, ce n’est pas encore fini.

Depuis l’évasion ratée de l’assassin en octobre, il y a eu plusieurs développements. Entre autres, notre avocat, César Enrique Garza Sampeiro est mort dans la nuit du 21 au 22 octobre. Le 22 octobre, les Affaires étrangères du Canada ont fait parvenir une note diplomatique aux autorités mexicaines concernant le cas (sans lien avec la mort de César Garza). Suite à l’évasion ratée, les autorités américaines ont accéléré le processus d’extradition pour le meurtre de sa propre mère. Les négociations entre les deux pays sont présentement en cours. L’examen psychiatrique a été déposée au début novembre. Le procès a été déclenché (expédié) à la fin du même mois. En octobre, le procureur affecté au cas a informé les autorités canadiennes qu’il faudrait encore un à deux ans avant d’avoir un procès.

L’étude psychiatrique de près de 80 pages fut très révélatrice. L’assassin est totalement normal d’un point de vue neurobiologique. Le diagnostic est clair, il a un trouble de personnalité antisocial. Il n’est donc pas fou, ni psychotique et encore moins schizophrène. Il comprend ce qu’il a fait, mais les conséquences de ses actions ne l’incommodent pas outre mesure. Quand LA question qui nous ronge lui a été posée : pourquoi? Une réponse plutôt vague a été donnée : tu sais, ce sont des choses qui arrivent… l’incident s’est produit pour des raisons personnelles. Les autres détenus interrogés rapportent qu’il parle ouvertement de ses actes, avec moult détails, et même parfois des rires. D’un point de vue comparatif des niveaux d’attachement émotif, lorsque le meurtre de sa mère est soulevé, il explose de colère et refuse d’en parler.

Depuis le début, le combat pour la justice se mène sur deux fronts. Aujourd’hui, c’est le principal qui est en partie gagné; faire condamner l’assassin à la peine maximale. Le second est de comprendre pourquoi et avoir des réponses aux questions soulevées par les faits vérifiables et vérifiés entourant le carnage. Ce second front est d’autant plus pertinent en vue des résultats des deux études psychologiques, de l’étude psychiatrique, des deux CAT Scan et de l’électro-encéphalogramme qui démontrent hors de tous doutes que l’assassin n’est pas cliniquement, ou criminellement fou.

Il est aussi intéressant d’observer le fonctionnement du Ministère des Affaires étrangères du Canada. Une bonne métaphore serait la suivante : vous avez un problème avec votre véhicule, une fois au garage, si vous ne connaissez pas le numéro exact de la pièce à changer, le garagiste vous dira qu’il ne peut rien faire. Voilà ce qui illustre le mieux le dialogue de sourds avec notre propre gouvernement au cours des 15 derniers mois. Bien que certains bureaucrates du ministère semblent tenter de maximiser leur capacité à en faire un minimum, des avenues existent. Notons que ces blocages sont beaucoup plus imputables au haut de la hiérarchie plutôt qu’aux intervenants avec qui nous traitons directement qui font un travail au-delà de tout reproche.

La persistance reste, jusqu’ici, un facteur clé de succès. Le soutien de certains politiciens aide grandement aussi. Plus particulièrement deux élus nous ont aidés, et nous aident encore, pour arriver à clore ce cauchemar. Une grande partie des démarches diplomatiques et politiques est due aux efforts des Libéraux, bien que tous les partis d’opposition aient été contactés. De l’autre coté, le quasi-régime au pouvoir reste insensible, voir insultant par moment. On semble oublier qu’il s’agit d’un meurtre, le crime le plus grave pouvant être perpétré par un individu, pas d’un passeport perdu.

La volonté des autorités, autant canadiennes que mexicaines, d’aller au fond du pourquoi des choses n’est pas approximative, elle est inexistante. La volonté de gagner du temps et espérer que tout cela tombe dans l’oubli est par contre de calibre olympique. Les réponses sont peut-être simples, mais jusqu’ici, elles manquent à l’appel. À moins d’un revirement de situation peu probable, les évidences, les noms, et les questions encore sans réponse seront présentées sur ce site une fois les procédures pénale contre l’assassin terminées.

Le deuil est le processus d’acceptation de la perte d’un être cher. Avoir accepté sa disparition ne signifie pas d’arrêter de se battre pour que la justice soit faire. Cette distinction peut sembler mince, mais elle est importante. Ce sont deux processus vécus de manière bien différente. L’expérience nous a démontré que c’est un concept que malheureusement (ou plutôt heureusement), seuls les gens ayant vécu de telles abominations comprennent réellement. L’empathie a ses limites, rien ne peut décrire ce qu’on ressent de voir le sang de sa famille répandu sur le sol ainsi.

Au Canada, nous sommes définis comme victime de crime. Ce terme garde une certaine connotation d’affaibli. Au Mexique, le terme pour nous définir est beaucoup plus approprié, nous sommes des offensés. Le concept d’offense sous-tend la nécessité d’une réponse, beaucoup plus que celui de victime qui sous-tend le besoin d’être traité pour se remettre de ses blessures. Un ne devrait pas exclure l’autre, mais la pensée dominante observée jusqu’ici semble beaucoup plus orientée sur le côté de victime de la situation.

Il y a aussi ceux qui n’ont pas cru que nous obtiendrons justice. L’opinion des autres en ce sens n’a pas influé sur la détermination qui alimente encore, après 15 mois, la volonté d’avoir une justice totale. Bien que nous commencions à cumuler les victoires, la bataille n’est pas terminée. Il est de l’opinion des intervenants politiques et médiatiques impliqués dans le cas que nous avons fait changer les choses. Quelques murs sont abattus, pour un temps, pour les Canadiens qui auront à vivre un tel cauchemar. Se battre contre des systèmes gouvernementaux peut sembler perdu d’avance, mais la seule garantie est l’échec et ça c’est quand on ne fait rien. Il est du devoir du citoyen de faire valoir ses droits fondamentaux qui ne sont jamais totalement acquis. Dans l’adversité, certains préfèrent vivre à genoux, en victime, d’autres préfèrent mourir debout, s’il le faut.

Un gros merci à ceux qui y ont cru et qui nous ont supporté jusqu’ici.

Joyeux Noël et Bonne année!

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