Psychologie & psychiatrie

Chronologie :

Le médecin généraliste qui examiné José Palacios Garza le jour de l’assassinat mentionne dans son rapport la possibilité que le suspect souffre de trouble de personnalité schizoïde. Ce constat a servi de base à la défense pour demander, le 9 octobre, une évaluation psychologique d’urgence du détenu. Bien que le procureur aurait pu émettre un refus à cette demande sur la base que le médecin n’est pas un psychiatre et ne peut donc donner d’avis psychiatrique, rien a été fait.

Par la suite, juge, procureur et avocat nous ont indiqué, à plusieurs reprises, qu’il était impossible que l’assassin obtienne une évaluation puisqu’au Mexique, c’est au détenu de payer et qu’il est orphelin et sans ressources. De plus, il s’agirait de la seule avenue pour permettre à l’assassin d’éventuellement échapper à la justice.

Le 23 octobre, la juge déclare publiquement sur Tv Isla Mujeres que l’assassin obtient son évaluation. Le juge spécifie aussi clairement que si reconnu criminellement fou, cela peut amener à un acquittement pur et simple de l’assassin. Étant de retour au Canada, il nous faudra plusieurs jours avant d’obtenir la réponse à la question toute simple : « qui paye cette évaluation? ». La réponse est simple, le gouvernement mexicain. Tout comme dans d’autres pays, il est d’usage d’évaluer l’état de santé d’un détenu s’il y a une détérioration notable. Une demande d’évaluation, en vertu de l’article 458 du CPPQR, a été faite directement par des membres du personnel de la prison, justifiant une intervention financière de l’État. Ceci permettra d’ouvrir une boite de pandore. Sans cette requête, l’assassin aurait pu être condamné dès le 17 décembre 2009.

La défense étant mécontente des résultats de l’évaluation, elle en demande alors une deuxième. Cette fois, ce sera un perito psychologico (expert en psychologie) de son choix. Sans surprise, cette évaluation donne des conclusions différentes, voire beaucoup plus favorables aux théories avancées par la défense. Ceci entraine la nécessité d’une rencontre entre les deux experts. Si à l’issue de cette rencontre ils ne sont pas en mesure d’arriver à un consensus sur le diagnostic, un troisième avis, psychiatrique cette fois, sera demandé. Dans le cas contraire, la phase de première instruction (procès) est lancée.

Le 27 janvier, la Commission des droits humains du Mexique (CDH) prend la défense de l’assassin. Ces derniers demandent, et obtiennent, un examen physique de l’état physique du cerveau de l’assassin. Il s’agit d’une tomographie axiale du cerveau (CAT Scan). Ceci a pour but d’examiner les lobes temporaux de l’individu. Si ces derniers sont enflés, il sera d’emblée considéré comme ayant des problèmes d’ordres psychiatriques.

Ceci peut avoir comme conséquences : un l’allègement des 2/3 de la sentence jusqu’à une suspension des procédures pour une durée indéterminée. Dans ce cas de figure, le prisonnier est envoyé dans une institution psychiatrique civile, sans unité de détention criminelle adaptée. Le procès pourrait reprendre lorsque son état serait jugé favorable, s’il ne s’est pas évadé bien sûr. Cela a aussi pour effet de suspendre les procédures d’extradition, car le Mexique ne peut extrader une personne qui est sous le coup de procédures juridique.

Notons aussi que des demandes de support aux différents organismes mexicains de défense des droits humains et défense des droits des femmes ont été faites, sans succès. Au Canada … on ne peut nous aider non plus : notre mère a eu la mauvaise idée d’aller se faire tuer à l’étranger.

Le 20 mai, après trois rencontres manquées, les deux experts en psychologie se présentent devant le juge, le procureur, les avocats, et l’accusé tels que prescrit à la fin de décembre. La tomographie axiale a aussi été réalisée et s’est révélée négative (donc, son cerveau est tout a fait normal d’un point de vue physique). Les experts s’entendent et remette un verdict unanime, l’assassin n’a aucun trouble psychiatrique, il souffre d’un trouble de personnalité antisocial. Le juge demande toutefois un troisième avis, psychiatrique, pour déterminer le niveau de dangerosité du tueur. Ce troisième examen n’a pas encore été réalisé. De plus, l’expérience démontre que ceci peut encore être détourné pour permettre aux autorités de rendre un verdict de trouble psychiatrique avec les conséquences présentées plus haut.

La définition légale d’un individu considéré comme criminellement fou au Mexique n’a pas été évaluée lors des évaluations psychologiques. Nous avons fait plusieurs demandes auprès du procureur et du juge pour solliciter l’avis des experts concernant cette définition. Ces demandes ont été systématiquement refusées sur différentes bases hautement houleuses.

Le 7 avril, nous nous sommes entendus avec le juge pour ne pas révéler publiquement les informations concernant l’avancement des procédures sur l’état mental du tueur. Le 26 mai, ce dernier s’est permis une sortie médiatique pour affirmer tout le contraire des résultats de la rencontre du 20 mai. Le 30 mai, notre avocat a répondu en notre nom dans les médias locaux. Suite à cette situation, nous nous permettons de publier ici les informations déjà diffusées au Mexique, en plus de quelques détails jugés pertinents.


Précision psychologique :

Au Mexique, il y a eu beaucoup de confusion entre le trouble de personnalité schizoïde et la schizophrénie. Le premier étant un trouble de la personnalité (comportement) et le deuxième une maladie mentale, deux sphères extrêmement différentes. Dans son entrevue du 26 mai 2010, le juge a de nouveau fait mention de schizophrénie.

Il est important de noter que les plus récentes études font état des conclusions suivantes : Dans le Schizophrenia Bulletin de la prestigieuse université d’Oxford publié le 12 Octobre 2009, il est mentionné qu’une méta-analyse révèle qu’il y a une chance sur 14,3 million qu’un schizophrène tue un étranger. Généralement, les victimes sont des membres de sa famille.

Habituellement, ces meurtres sont accompagnés de confusion et d’amnésie chez l’individu qui commet l’homicide, car il set en état de psychose au moment de perpétrer son geste. Rappelons que José Palacios Garza a prémédité, hors de tout doute, les meurtres de Laura Palacios, sa mère, et de Renée Wathelet. Les faits suivants sont aussi à prendre en compte :

Dans le cas de Laura Palacios :

  • Il a acheté le marteau la veille du meurtre.
  • Il s’est procuré le carburant nécessaire à l’incinération de sa mère avant de la tuer.
  • Il a fui la scène de crime.
  • Il est allé prendre une douche et est arrivé chez lui avec des vêtements ne présentant pas de trace de sang, ce qui implique qu’il avait probablement des vêtements de rechange. Il est possible de poser l’hypothèse que de frapper quelqu’un au crane à plus de dix reprises avec un marteau n’est pas sans laisser de trace sur ses vêtements.
  • Il a changé de pays dans les heures qui ont suivi le carnage.
  • Une fois au Mexique, il a immédiatement cessé d’utiliser ses cartes bancaires et est tombé « off the grid ».
  • Il était conscient de la mort de sa mère puisque la « bonne amie de Mme Wathelet » nous a donné cette information qu’elle a obtenue de sa bouche. Toutefois, seulement le décès, pas le meurtre.
  • Quand sa famille a demandé à le rencontrer le 26 février à la prison Isla Mujeres, il a compris qui ils étaient, a refusé de les rencontrer et est tombé dans une colère qui a duré près d’une semaine.

Dans le cas de Renée Wathelet :

  • Des témoins rapportent l’avoir vu dans le complexe d’habitation à 7:30, puis à 9:00 le matin du meurtre.
  • Il a répondu de manière cohérente et intelligible aux gens qui frappaient à la porte alors qu’il poignardait sauvagement sa victime.
  • Il a pris le temps d’aller laver ses mains et son couteau avant de sortir de l’appartement.
  • Il a fui la scène de crime.
  • Il a caché son couteau à la vue des policiers.
  • Il a admis d’emblée au policier qu’il a tué une femme et lui a tranché la gorge.
  • Quand les médias lui ont demandé pourquoi il a tué, il a compris la question, donc sont geste. Il a fourni une explication plausible et cohérente.
  • Lors de ses évaluations psychologiques, plusieurs semaines plus tard, il a fait part de détails omis lors de sa déposition. Ces détails sont cohérents avec les évidences amassées sur la scène de crime.

Ces faits permettent d’établir de solides fondations quant à la compréhension de l’illégalité de ses actions et l’absence des symptômes communément observés lors de meurtres commis par des individus réellement affligés de maladie mentale. L’amnésie est aussi totalement absente. Les deux évaluations, majoritairement composées de tests normalisés, révèlent que l’assassin est caractérisé par un trouble de personnalité antisocial. Ceci est typique pour 60% à 85% (dépendant des sources statistiques) de la population carcérale.

Les évaluations rejettent aussi qu’il ait pu présenter quelque forme de psychose que ce soit au moment de commettre son geste. Les caractéristiques énumérées dans ces dernières correspondent aux traits retrouvés chez les sociopathes/psychopathes. Le test du PCL-R (psychopathy check list revised) n’a pas été administré. Les conclusions sont toutefois claires, il s’agit d’un individu dangereux qui tuera encore s’il en ressent la nécessité.

Ayant un passé de petit criminel aux États-Unis, sa famille a pu acheminer les documents légaux à son égard aux autorités mexicaines. Dans ces documents, un point fort intéressant est présent : « Mental illness … N ». Donc, les autorités américaines qui l’ont déjà appréhendé et évalué sont venues à la conclusion que Jose Palacios Garza ne souffre pas de maladie mentale. Ces documents ont été traduits en espagnol pour être annexé au dossier du meurtre de Mme Wathelet. Toutefois, dans ce volumineux document de cour dont nous avons obtenu copie, ce point a commodément été omis dans la traduction.

Jose Palacios Garza est un criminel possédant des troubles de comportement sévères. Il n’éprouve aucun remord et pour lui tuer n’est pas quelque chose d’anormal. Il comprend que c’est un acte socialement répréhensible, mais n’éprouve pas de difficulté à recourir à cette action.

Imagerie du cerveau
L’utilisation d’imagerie cérébrale, telle le CAT Scan (Computerised axial tomography) dans une cause d’homicide n’est encore qu’un fantasme dans les systèmes légaux américains, canadiens et européens. Toutefois, au Mexique, l’avancement de la science neuropsychiatrique est tel que cela semble possible. Du moins, dans le cas d’une Canadienne, touriste sexuelle, tuée par un orphelin malade mental (sic). Ces techniques sont encore en phase expérimentale pour le diagnostic de certaines maladies mentales. C’est une science jeune qui reste incapable de donner des résultats fiables et suffisants dans une cause criminelle.

Après vérification auprès de spécialiste de l’imagerie cérébrale à l’Université Concordia à Montréal, l’inflammation des lobes temporaux est présentement corrélée que très faiblement avec l’épilepsie. Aucun consensus ou étude scientifique valable ne semble faire état d’autre corrélation significative quand à un lien entre une inflammation de lobes temporaux et d’autres troubles ou maladies. Sauf à Isla Mujeres où cela aurait pu contribuer à innocenter ou du moins, significativement réduire la sentence d’un fugitif dangereux.

Il n’y a qu’un seul cas qui a pu être recensé d’une tentative d’utilisation de telles technologies lors de la phase de sentence d’un procès pour homicide. Dans ce cas, c’était pour éviter une peine de mort à un psychopathe reconnu. Au lieu de répéter l’argumentaire ici, il est possible de prendre connaissance des détails et de l’argumentaire médico-légal sur le site du centre médical de l’université de Chicago.

Bien que cet examen cérébral dans le cas de José Palacios Garza en regard à l’assassinat de Mme Wathelet soit négatif, une situation aussi ahurissante ne doit être passée sous silence.

Déjà à la fin d’octobre, il était de l’avis d’autorités diplomatiques, de pays autres que le Canada et le Mexique, que seules des pressions diplomatiques canadiennes pourraient arrêter cette mascarade. Les autorités canadiennes nient d’abord, demandent ensuite la source de ces informations et finissent par indiquer que la politique étrangère canadienne ne permet pas de telles interventions. Ceci est devenu une constante à travers le cas où par son inaction, le gouvernement canadien cautionne implicitement les agissements déplacés des autorités mexicaines.

 

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