Évidences perdues

Les évidences trouvées sur une scène de crime permettent aux autorités (compétente) de reconstruire le crime et surtout, mettre de l’avant des preuves irréfutables quant à la culpabilité d’un individu et de ses actions. Certains de ces éléments peuvent aussi confirmer ou infirmer les témoignages recueillis.

Lors de notre arrivée au Mexique le 19 septembre, l’agente consulaire du Canada en poste à Cancún nous fait état de la liste que les autorités mexicaines lui a remis. Lors de la réouverture de l’appartement le 21 septembre, son ordinateur portable et sa webcam nous sont remis. Le jour même, nous procédons au nettoyage des lieux qui est sous notre responsabilité. Le 22 septembre au matin, nous entrons dans l’appartement. Plusieurs objets sont manquants et ne sont pas sur la liste remise aux autorités consulaires canadiennes. Les amis de notre mère qui sont avec nous indiquent que les policiers, plus spécifiquement les Judiciales, sont repartis avec des sacs remplis lors de la fermeture de la scène de crime le jeudi précédent.

Nous contactons l’agente consulaire pour valider ces informations, il semble qu’il soit d’usage au Mexique pour les autorités de se servir chez les morts. Donc, si quelqu’un entre chez vous pour vous voler et vous tue, la police s’assurera de finir le travail initial. Sur recommandation de l’agente consulaire du Canada en poste à Cancún, nous allons faire une déposition pour la disparition de ces objets. Bien que nous puissions verser une rondelette somme pour les récupérer, on nous recommande de ne pas participer au système de corruption. De plus, on nous indique que si personne ne dénonce ces pratiques, les choses ne changeront jamais. Le but n’étant donc pas de récupérer des bien, mais simplement dénoncés.

Le lendemain, nous nous rendons donc au Ministerio Publico pour la déposition. Deux témoins nous accompagnent. Après une courte introduction sur les raisons de notre visite, la personne en poste ce matin-là nous demande d’attendre. Au bout d’un peu plus une heure, il revient et nous remet deux appareils de notre mère. Il nous informe qu’ils étaient à Cancún pour enquête. Il indique aussi que la carte mémoire de la caméra a été effacée pour des raisons d’enquêtes.

Il tente aussi de justifier l’absence de ces appareils sur ces listes, car il y avait du sang dessus. Chose impossible puisque le crime a eu lieu dans une autre pièce que le bureau où ils se trouvaient. Il acquiesce. Il tente ensuite de jouer la carte des factures pour prouver l’existence de ces objets. Cela est aussi typique au Mexique, n’oubliez pas de voyager avec les factures originales de tous les biens que vous amenez. Après négociation, nous réussissons à faire une déposition en bonne et due forme. Une enquête sera ouverte en plus de celle concernant la vente des photos de la scène de crime par des agents de la paix.

À la remise des bijoux et lunette (toujours ensanglantés) qu’elle portait sur elle au moment du meurtre, le responsable nous informe qu’il ne peut nous remettre les prothèses dentaires prélevées sur la dépouille de Mme Wathelet et gardées en évidences au Poder Judicial de Isla Mujeres.

Dans les jours suivants, nous vérifions la baie de disque dur de l’ordinateur portable. Les sceaux des vis de la baie et du tiroir du disque ont tous été brisés, ce qui signifie que le disque dur a été extrait et fort probablement cloné par les autorités pour analyse ultérieure. Cela est cohérent avec les propos tenus par les autorités.

Bien que les autorités ont indiqué avoir enquêté ces évidences, il semblait être de notre de devoir de vérifier le travail. Nous découvrons plusieurs évidences troublantes sur les quelques appareils qui n’ont pas disparu. Ceci fut un des points de départ de l’enquête privée. Il aura fallu 5 mois pour faire entrer ces évidences au dossier, se buttant systématiquement à la mauvaise volonté et/ou la méconnaissance de certaines procédures juridiques d’officiels en fonction et à un semblant d’indifférence bureaucratique de la part de leurs supérieur. Certaines évidences ont finalement été formellement expertisées, 5 mois après le drame.

Des témoins proches du réseau de recel sur l’île ont affirmé avoir vu le iPhone de notre mère. Le vendeur leur a indiqué qu’il s’agissait de l’appareil de la « Canadiense » et pour le prouver, il a montré des photos prises avec cet appareil lors de l’autopsie de Mme Wathelet. Cet appareil peut aussi contenir des évidences cruciales pour reconstruire des éléments du cas, mais cela nous ne le saurons jamais.

Certains spéculent aussi que les prothèses dentaires de Mme Wathelet ont été gardées pour revente et recyclage. Lors de votre prochain passage à Isla Mujeres ou Cancún, au lieu de jouer à « où est Charlie », vous pourrez jouer à « où est le sourire de Renée ».

Le 4 avril 2010, le fils ainé de Mme Wathelet est encore à Isla Mujeres. Par pur hasard, il rencontre le collègue de Violeta qui était sur la scène de crime. Ce dernier lui donne sa version des faits qui corrobore celle donnée par les autres témoins. Il donne aussi certaines précisions qui ne sont pas dans le rapport d’enquête; il a croisé l’assassin dans les escaliers quand ce dernier se dirigeait vers l’appartement numéro 8, il a tout entendu, et est tombé face à face avec l’assassin en fuite. Le seul hic est qu’il n’a jamais été sommé à témoigner, car la police jugeait son témoignage inutile. Son nom n’apparait même pas dans les rapports.

Tout ceci est fait aux vues et en connaissances des autorités canadiennes qui ne peuvent soi-disant rien faire, citant les restrictions imposées par la politique étrangère canadienne. Bien que la GRC ait déjà participé à des enquêtes de Canadiens tués au Mexique, dans notre cas, il faudrait que les autorités locales les invitent officiellement. Bonne chance…

 

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