Deux poids, deux mesures

16-08-2010

Cody LeCompte, 19 ans, du sud de l’Ontario, a été retenu en territoire cubain pendant plus de trois mois suite à un accident de voiture qui a eu lieu le 29 avril 2010. Il était le conducteur. Sa mère, son cousin et la fiancée cubaine de ce dernier étaient aussi à bord. En traversant une intersection, leur véhicule a été frappé par un camion. Tous les occupants du véhicule ont dû être hospitalisés. La mère de Cody affirme que ce dernier n’est pas responsable de l’accident.

À Cuba, un accident de voiture causant des blessures ou la mort est considéré comme une offense criminelle. Il n’y a pas de présomption d’innocence à Cuba. Un accusé est donc considéré comme coupable jusqu’à preuve du contraire. De plus, l’âge légal pour conduire un véhicule est de 21 ans. Cody LeCompte serait passible d’une peine d’emprisonnement de trois ans pour l’accident.

Quand l’affaire éclate dans les médias Canadien le 18 juillet, Cody et sa mère étaient toujours à Santa Lucia en attendant que la date du procès soit fixée. Les coûts des allers-retours Canada-Ontario pour sa mère, l’hôtel à 90$ par jour et les frais d’avocat s’élèvent déjà à plus de 30 000$. Sa mère affirme être aux abords de la faillite.

À ce stade, la position du Ministère des Affaires étrangères du Canada est la suivante : «Le gouvernement canadien ne peut pas interférer dans le processus judiciaire des pays étrangers, mais les responsables du consulat canadien à Cuba suivent la cause de très près». Ceci est la position habituelle. Le Ministère prétend aussi faire ce qu’il peut dans les coulisses.

Comme pour les autres familles canadiennes victimes des systèmes légaux du tiers monde, la famille déclare se sentir délaisser par les autorités canadiennes. Bien que le Ministère prétende suivre l’affaire de près, la famille reste dans le noir. Même à Cuba, Cody reçoit un support minimal et de rares visites des autorités canadiennes. Cette disparité entre les déclarations officielles et ce qui est rapporté par les familles est une constante.

Quelques jours plus tard, le 29 juillet, Cody LeCompte est libéré sous cautions et sous promesses de revenir au pays pour son procès, si ce dernier a lieu. Le 2 août, le conducteur du camion à essayer de les rouler pour les dédommagements. Le 3 août, les autorités cubaines refusent de valider son passeport. Il rentre finalement au pays le 6 août.

Contrairement aux autres causes de Canadiens ayant des démêlée avec la justice à l’étranger, le gouvernement canadien s’est impliqué dans l’affaire (suite au vif intérêt médiatique suscité par cette dernière). Plus spécifiquement, Peter Kent, Ministre d’État Canadiens des Affaires étrangères pour les Amériques. Ce dernier a déclaré publiquement qu’il a « indiqué que ceux-ci (les responsables canadiens) avaient signifié aux responsables cubains que de tels délais dans les enquêtes pouvaient faire hésiter des touristes canadiens à choisir Cuba comme destination ». La couverture médiatique au Canada ainsi que la menace déguisée contre le tourisme par les autorités canadiennes sont rapportés comme des facteurs déterminants dans le retour de Cody LeCompte au pays.

L’implication du gouvernement est des plus appréciée pour la famille et les citoyens canadiens. Il est toutefois fort intéressant de noter que Cuba est une des destinations les plus sures pour les Canadiens. Le Mexique quant à lui est une des plus dangereuses. Que ce soit pour les meurtres, les agressions, les vols, les emprisonnements injustifiés, la liste est longue.

Il est aussi ironique de lire Peter Kent reprocher les longueurs dans les processus alors que son propre ministère peut prendre jusqu’à deux mois pour envoyer une lettre pré-formatée en réponse aux familles demandant de l’aide.

Les familles ont aussi déjà demandé des solutions de coulisses dans les cas mexicains. Cela n’a jamais eu lieux non plus. Par contre à Cuba, oui. Une intervention d’un gouvernement canadien peut expédier et remettre à l’ordre une cause comme celle de Renée Wathelet. Des demandes ont été faites pour comprendre les raisons du deux poids, deux mesures. À cette date, aucune réponse n’a été octroyée par les autorités canadiennes.

Lorsque les médias affirment que les autorités canadiennes suivent une affaire de près et que ces dernières sont en contact avec la famille, c’est généralement en décalage prononcé avec la réalité. Les citoyens canadiens, sauf de rares exceptions inexpliquées, sont laissés à eux-mêmes en sol étranger lorsqu’ils ont des démêlés avec les autorités locales.

Un exemple concret tiré d’une lettre reçue de l’ambassadeur du Canada au Mexique le 9 novembre 2009: « Chaques fois que nous aurons des développement dans l’affaire, nous vous en informerons via la personne responsable du dossier à Ottawa ». Nous avons été informés d’un seul et unique développement à la fin novembre. Depuis, tout les développements ont été connus par nos propres moyens. Le temps de réponses de la personne responsable du dossier à Ottawa varie de trois à sept jours ouvrables. L’agente consulaire à Cancún fait tout ce qu’elle peut, mais dispose de bien peu de ressources.

Est-il nécessaire de rappeler qu’il ne s’agit pas d’un passeport perdu mais bien d’un meurtre sordide et d’un manque flagrant de bonne volonté des autorités mexicaines?

Pour agir, dénoncez la situation auprès du ministre d’État aux Affaires étrangères avec responsabilités spéciales pour les Amériques, Peter Kent (kentp@parl.gc.ca), auprès du porte-parole de l’opposition officielle chargé des affaires consulaires, Dan McTeague (dan@mcteague.ca) et auprès de votre député fédéral.

  • Share/Bookmark

Laisser un commentaire