Canadiens tués au Mexique

Des crimes violents se produisent partout, le problème n’est pas là. Il y a des endroits plus dangereux que d’autres. L’important est d’avoir l’information, d’accepter le risque et d’agir en conséquence. Si une personne nous dit qu’elle va en Irak, ou dans toute autre zone de guerre, on assume qu’elle comprend les risques et prend les précautions nécessaires. Avant d’aller dans un pays où règne une quasi-guerre civile, où l’état d’anarchie commence à régner et où on a 7 fois plus de chance d’être tué violemment qu’au Canada, il faut bien y penser. D’autant plus lorsque les touristes sont devenus des cibles dans le pays visité pour passer du bon temps.

La manière dont un tel drame est traité est aussi un facteur déterminant et potentiellement choquant. Encore plus dans un pays qui se présente comme une démocratie qui adhère à l’économie de marché. Un pays qui fait partie du G20, de l’ALÉNA et montre une façade de modernité. Pour utiliser un terme considéré comme rétrograde par certains, car datant de la guerre froide, quand l’écran de fumée se dissipe, nous avons purement et simplement affaire à un pays du tiers-monde, ou pour être plus « politically correct », en voie de développement. Les détracteurs plus radicaux parlent même d’une république de bananes.

Depuis le meurtre du couple Ianerio en février 2006 à Cancún, une montée fulgurante des meurtres de Canadiens au Mexique a pu être observée. Notons qu’il ne s’agit que des meurtres rapportés dans les médias. Certains ne sont jamais rapportés, ou ne le sont que des mois après le crime. Ce fut le cas pour le meurtre de Réal Lemieux diffusé plus de 4 mois après le drame.

Dans son édition du 16 novembre 2010, le National Post rapportait que selon le Ministère des Affaires Étrangères, 112 Canadiens sont mort de manière violente au Mexique depuis le début de la guerre contre les cartels en 2006.

Pour rester bref, nous nous attarderons qu’aux cas de meurtre de Canadien au Mexique depuis 2006. Inclure les agressions, et les meurtres d’américains rendrait la lecture ardue et longue. De simples recherches sur Internet permettent de mettre en lumière l’ampleur de la problématique.

Voici donc une liste de quelques meurtres et morts de Canadiens médiatisés depuis le couple Ianerio :


20 février 2006 : Cancún, Quintana Roo.
Dominic Ianiero, 59 ans et Nancy Ianiero, 55 ans, de Woodbridge, Ontario.
Version officielle : Deux Canadiennes les ont tués dans leur chambre d’hôtel et sont reparties ensuite au pays. Des spéculations sur l’implication du couple dans le trafic de drogue puis des dettes de jeux ont été faites. Leur fils a été suspecté. Ils ont tous les deux eux la gorge tranchée. Ils étaient au pays pour d’assister au mariage de leur fille.
Réalité : Aucun lien avec la drogue ou le crime organisé, aucune dette de jeux. Les deux Canadiennes d’abord suspectées ont été innocentées. Le 5 juillet 2009, un mandat d’arrêt a finalement été lancé pour un suspect.
Statut : Non résolu. L’avocat de la famille, Edward Greespan, a dénoncé de manière soutenue les mensonges et contradictions publiques du procureur général de l’État dans cette affaire.
7 janvier 2007 : Acapulco, Guerrero.
Adam DePrisco, 19 ans, de Woodbridge, Ontario.
Version officielle : « hit-and-run » par une voiture.
Réalité : blessures à la tête uniquement, consistantes avec agression et coups donnant la mort. Statut : Non résolu.
6 mai 2007 : Cancún, Quintana Roo.
Jeff Toews, 34 ans, de Grande Prairie, Alberta.
Version officielle : tombé du balcon du deuxième étage.
Réalité : battu à mort, survécut quelques jours à l’hôpital sur support artificiel, mais déjà mort au niveau cérébral. 4 traumatismes crâniens et des blessures au dos. Statut : Non résolu.
27 novembre 2007 : Zone hôtelière, Cancún, Quintana Roo.
Christopher Morin, 30 ans, Okotoks, Alberta.
Version officielle : Le touriste a consommé des substances illégales et a influencé sa décision de se suicider en sautant du balcon de son hôtel.
Réalité : Meurtre suite à une dispute. Malgré des témoins, cas non résolu.
28 janvier 2008 : Puerto Vallarta, Jalisco.
Josh Iwasiuk, 19 ans, de Selkirk, Manitoba.
Version officielle : tombé du balcon du 10e étage.
Réalité : N’a subi qu’un traumatisme crânien à l’arrière de la tête. Inconsistant avec la thèse officielle, possible agression. Statut : Non résolu.
15 mai 2008 : Cabo San Luca, Baja California Sur.
Bouabal Bounthavorn, 29 ans, de Burnaby, Colombie-Britannique.
Tué de 3 balles lors d’un vol manqué par deux individus. Cette fois, le gouvernement Canadien a fait pression.
17 septembre 2009 : Isla Muejeres, Qunitana Roo.
Renée Wathelet, 60 ans, de Montréal, Québec.
Version(s) officielle : légitime défense, crime passionnel, vol manqué, finalement, elle n’a pas donné assez d’argent à son gigolo orphelin malade mental.
Réalité : Mobile réel inconnu, possible vol manqué. L’enquête se poursuit.
16 janvier 2010 : Zipolite, Oaxaca.
Réal Lemieux, 71 ans, de Montréal, Québec.
Version officielle : divers mobiles possibles, vol, crime haineux, crime passionnel, une vengeance ou une mauvaise rencontre. Tout comme dans le cas des autres victimes, les autorités mexicaines le dépeignent de manière outrageusement diffamatoire.
9 juin 2010 : Piedras Negras, Coahuila.
Kenneth Klowak, 43 ans, de Orangeville, Ontario.
Abattu par balles lors d’une tentative de vol sur son véhicule à un barrage routier sur une autoroute près de Allende.
Sa famille dénonce le piètre support des autorités canadiennes.
10 septembre 2010 : Cancún, Quintana Roo.
Giannina Di Roberto, 19 ans, de Kitchener, Ontario.
Version officielle : suicide en sautant du balcon situé au septième étage de son hôtel, Riu Caribe. Elle était en vacances avec son ami de coeur.
Sa famille dénonce le piètre support des autorités canadiennes. Techniquement pas un meurtre, mais une autre « mort de balcon » à Cancún. Le 16 juin 2010, Adam Pemberton, de Keighley, est mort en tombant balcon de sa chambre à ce même hôtel. À suivre…
30 octobre 2010 : Chilpancingo, Guerrero.
Daniel Dion, 51 ans, de Ottawa, Ontario, natif de Sherbrooke, Québec.
Quelques jours après sa disparition, des membres de sa famille étant allés à sa recherche sur place retrouvent sa dépouille battue dans le coffre de sa voiture de location incendiée. La famille dénonce l’inaction des autorités canadiennes. À suivre…

Page facebook de la famille concernant le cas.


Le 14 novembre 2010, une explosion à l’hôtel Grand Riviera Princess à Playa Del Carmen tue cinq Canadiens, deux ouvriers Mexicains et blesse 17 autres personnes. Les autorités ont d’abord élaboré une explication géologique pour cette explosion. Une enquête de la CBC a prouvé qu’il s’agit en fait de négligence criminelle et prouvé que tout a été fait pour étouffer l’affaire. Une enquête d’homicide a été ouverte par les autorités Mexicaines.
Christopher & John Charmont, 41 & 9 ans, de Drumheller, Alberta. Malcolm Johnson, 33 ans, de Nanaimo, British-Columbia, il était là pour son marriage.
Darlene Ferguson, 51 ans, de Ardrossan, Alberta, mère de trois enfants, elle était là pour le mariage de sa fille. Elgin Barron, 52 ans, de Guelph, Ontario.
21 février 2011 : San Miguel de Allende, Guanajuato.
Debbie McKeen, de Vancouver, Colombie-Britanique.
Retrouvée morte dans sa chambre d’hôtel. L’hôtel nie qu’une fuite de gaz pourrait être en cause. Depuis l’explosion à Playa Del Carmen, les infrastructures défaillantes des hôtels sont potentiellement devenues une menace supplémentaire à la survie des touristes.
3 mai 2011 : Mexico City, D.F.
Joel St. Tierre, 35 ans, Canadien.
Abattu d’une balle dans la tête.
30 mai 2011 : Puerto Vallarta, Jalisco.
Len Patrick Schell, 62 ans, de Penicton, Colombie Britanique.
Poignardé à mort dans son domicile. Une somme de 15 000$ aurait été dérobé.
26 juin 2011 : San Miguel de Allende, Guanajuato.
Judith Zena Baylis, 64 ans, de Ottawa, Ontario.
Poignardé à mort dans son domicile à plus de 20 reprises. Les thèses du vol ou d’un employé mécontant sont enquêtées.

Notons que du 6 mai 2007 au 28 janvier 2008 (avec une légère recrudescence en 2010), la mode était aux chutes de balcons. La thèse du hit-and-run du meurtre précédant n’a peut-être pas été satisfaisante d’un point de vue de la protection du tourisme. N’oublions pas non plus qu’il est normal dans ce pays de publier des photos des scènes de crimes et des dépouilles. Donc si vous mourez au Mexique de manière tragique, en plus d’avoir votre nom sali aux yeux du monde, vos proches et amis pourront voir, dans les moindres détails, la violence et l’horreur indescriptible d’une mort sanglante. Ceci fut aussi un élément grandement décriez par les victimes. Bien que les autorités diplomatiques puissent généralement empêcher ce type de publication, le Canada n’intervient à aucun niveau dans les affaires d’un autre pays.

Notre expérience de première main et la revue des différents cas démontrent une constante qui se dégage aussi de ces meurtres. Tout d’abord, la systématisation du blâme sur la victime, elles sont responsables en partie de ce qu’il leur est arrivé. Une autre constante est de présenter l’auteur du crime (quand on ne peut blâmer la victime directement), comme un étranger, ou quelqu’un d’amoral/anormal, soit un malade mental, des membres des cartels et ainsi de suite. Finalement, le manque de volonté et de coopération réel des autorités, des deux pays, à rendre justice.

Nous ne sommes malheureusement pas la première famille à dénoncer ceci. Il nous a fallu beaucoup de temps pour accepter et digérer un tel constat. Des sources bien placées nous l’ont répété, tout ce que les autorités veulent, c’est étouffer l’affaire et montrer que Quintana Roo, et plus précisément Isla Mujeres, sont des endroits sécuritaires pour les touristes. Edward Greespan, avocat des Ianiero, a souvent dénoncé cette situation.

Juan Francisco Rivera Bedoya, députe fédéral au Mexique et ancien procureur à la tête de la commission nationale pour la sécurité a déjà affirmé publiquement cette position du régime face aux étrangers victimes de crimes : « La majorité des Américains tués sont ceux qui prennent part à des activités illégales ou qui s’aventurent dans des zones dangereuses. Les touristes qui visitent des cathédrales, des musées ou d’autres centres culturels ne sont pas à risque. »

Le dernier meurtre à Isla Mujeres remonte au 13 juillet 2003. La victime était une Américaine, Tammy Jenkins, qui habitait l’île. Le meurtrier est entré chez elle pour voler. Elle s’est réveillée, a crié et il l’a frappé avec un bloc de ciment à la tête pour la faire taire. Il a continué, effaçant ainsi de l’existence son visage, puis le reste de son crâne. Il est finalement reparti les mains vides, en panique. Il est allé se changer, fait ses valises puis est allé rejoindre ses copains pour prendre le premier bateau du matin comme si de rien n’était.

C’est un ami de la victime qui aurait fait la découverte du corps le lendemain. Quand il est retourné à l’appartement après le passage des policiers, ces derniers avaient fait le boulot à la place de l’assassin, comme à l’habitude. Le meurtrier a été retrouvé quelques jours plus tard et est maintenant en prison. Comme il n’avait pas de passé criminel, il a été condamné à 21 ans de prison. Le système de justice au Mexique a déjà fonctionné, du moins un peu mieux qu’aujourd’hui.

Voici donc l’enjeu réel de la situation, la protection du tourisme. La justice n’est qu’accessoire. Malgré des demandes répétées auprès des autorités canadiennes, rien n’est fait. Comment peut-on demander à des victimes de crimes déjà lourdement marquées par des événements aussi violents, qui sont laissé à elle-même en terre étrangère et se retrouvent à faire le travaille de la police… de combattre en plus un régime qui cherche à protéger une de ses industries primaires. La protection du tourisme ne serait-elle pas mieux servie en montrant que le système de justice existe et fonctionne? La politique étrangère canadienne fortement axée vers les impératifs économiques ne peut-elle pas aussi s’intéresser, un peu, à la protection, au respect et la dignité de ses citoyens?

À voir, cette excellente émission de W-FIVE sur CTV concernant les meurtres de Canadiens au Mexique.

Le site web mexicovacationawareness.com regorge aussi d’information sur la situation.

 

L’assassinat de Renée Wathelet »

 

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