L’assassinat de Renée Wathelet

Isla Mujeres, Mexique, le 17 septembre 2009 au matin. Deux employés des services sanitaires et de santé publique de l’État faisaient une ronde de porte à porte pour sensibiliser les gens aux risques présentés par les eaux stagnantes et la prolifération de moustiques, donc de malaria et de dengue. Ce jour-là, c’est dans le complexe de condo Fovissste qu’ils travaillent. La dame des services sanitaires, Violeta, aperçoit un jeune homme assis dans les escaliers de l’immeuble A vers 9:00. Ils se disent bonjour. Le jeune homme s’affaire à couper des feuilles de plantes avec un couteau.

Autour de 9:30, Violeta est devant la porte de l’appartement numéro 8 de l’immeuble D. La porte intérieure est ouverte et appelle à 3 reprises à l’intérieur. L’ordinateur personnel de la victime révèlera qu’à 9:33 une application de clavardage a été fermée. Pendant que les deux personnes conversent, le collègue de la dame se dirige vers le rez-de-chaussée et croise le jeune homme vu plus tôt dans les escaliers.

Une fois sur le palier, la victime en le voyant lui demande s’il a déjeuné. Il répond par la négative et la victime en devenir l’invite donc à entrer pour manger. Violeta indique qu’elle n’a pas terminé, le jeune lui dit que oui et claque la porte une fois à l’intérieur. Violeta entend le mécanisme de verrouillage de la porte enclenché.

Elle reprend alors son chemin. À peine 3 mètres plus loin, elle entend des cris à l’intérieur. Ayant aussi observé un couteau dans les mains de l’individu avant qu’il entre dans l’appartement, elle accourt à l’appartement 5, sur le palier voisin, pour demander d’appeler la police.

Après avoir logé l’appel, la résidente du numéro 5 va frapper à la porte du numéro 8. À deux reprises, une voix d’homme lui répond « Ahi Va ». Son fils se dirige vers le rez-de-chaussée pour attendre la police. En passant devant l’appartement du bas, un voisin lui demande ce qu’il se passe. Après une explication sommaire, ils remontent tous les deux. La clé étant encore dans la serrure extérieure, ils ouvrent la porte.

Ils ont vu le corps gisant sur la céramique et l’assassin debout au fond de la pièce. Il est en partie recouvert de sang, avec un couteau dans les mains. Ce dernier charge alors vers eux et ils referment la porte. Les traces de pas ensanglantés et le robinet de la cuisine encore ouvert à l’arrivée des policiers indiquent que l’assassin est allé se laver les mains avant de ressortir de l’appartement.

Une fois dehors, il a chargé, couteaux à la main, sur Violeta et la résidente du numéro 5. Elles se sont aussitôt réfugiées dans un appartement.  L’assassin a continué sa course, direction ouest, en descendant les escaliers extérieurs. Il croise alors le collègue de Violeta et lui dit de s’enlever de son chemin, car il ne sait pas à qui il a affaire. À l’intersection intérieure des immeubles A et D, il tourne à gauche et ensuite à droite pour remonter la rue.

Vers 9:50, Jose Palacios Garza est appréhendé par des policiers devant l’école Julio Sauri Espinoza, située en diagonale du complexe de condo Fovissste. Son signalement venant tout juste d’être diffusé, les policiers interviennent. En voyant la patrouille, il range son couteau dans sa poche. Dès son arrestation, l’assassin admet avoir tué une dame et lui avoir tranché la gorge.

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La dépouille de la victime fait état de 4 lacérations, deux à la main gauche indiquant des signes de défense, et deux au cou. Celle du cou font respectivement 10 et 15 cm. L’assassin a ensuite projeté la victime au sol. Tel qu’indiqué dans sa déposition et dans ses entrevues pour examen psychologique, elle ne mourrait pas assez vite. Il l’a alors poignardée à 42 reprises. Durant la boucherie, si on se fie aux mêmes documents, l’assassin a pris la peine de disposer d’un coussin de divan pour ses genoux, car la céramique faisait mal à ces derniers.

Les blessures supplémentaires infligées se répartissent comme suit : 12 du côté droit du cou, 9 du côté gauche. 17 dans le dos, 2 à l’épaule gauche, 2 dans les cotes du côté gauche. Selon les ambulanciers et témoins oculaires, la tête ne tenait au corps que par les cervicales. L’acte de décès indique: 1) hémorragie interne et externe, 2) lésions des organes internes et 3) blessures par arme blanche.

À 10:00, le procureur a été informé du meurtre et lance officiellement l’enquête. À 10:10, ce dernier ouvre la scène de crime et demande l’intervention du coroner et d’expert en scène de crime. Détenu par les policiers non loin de là, José Palacios Gaza est ramené à la scène de crime pendant le travail des enquêteurs. À 12:45, il est officiellement mis en arrestation comme principal suspect pour le meurtre de Renée Wathelet.  Il subit des tests médicaux et de toxicologies. Ces derniers reviennent négatifs.

Le premier mobile évoqué est la légitime défense. À son arrivée au poste de police, les médias lui demandent, devant caméra, pourquoi il a tué Mme Wathelet. Il comprend la question et répond clairement que c’est pour des raisons passionnelles. Par la suite le vol manqué est évoqué comme mobile dans les médias, citant des sources compétentes.

Le 18 septembre à 00:25, il termine sa déposition devant le procureur. Il accepte l’accusation et les charges qui pèsent contre lui. La version officielle retenue par les autorités est qu’il était un gigolo et que Mme. Wathelet ne lui aurait donné que 50 pesos. Toutefois, dans la déposition du tueur, nous pouvons lire qu’il est entré chez elle, ils ont discuté, il a perdu patience, il est allé chercher de l’argent qu’elle aurait caché sous son matelas. En sortant de la chambre, elle l’aurait attaqué avec son propre couteau et il se serait simplement défendu.

Les 25 septembre 2009, José Palacios Garza est formellement accusé de HOMICIDIO CALIFIGADO. Il plaide coupable au chef d’accusation qui est aussi assorti de préméditation et de circonstances aggravantes.

À ce jour, aucun mobile clair n’existe. Des quatre mobiles évoqués, seule la thèse du vol manqué reste crédible. Les thèses passionnelles, de légitime défense ou de prostitution ont toutes été réfutées au cours de l’enquête privée subséquente.

 

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