22 mois plus tard

17-07-2011

Cela fait quelques temps que rien n’a été publié sur ce site. Cet article est en réaction au dernier assassinat d’une sexagénaire canadienne au Mexique. Dans un premier temps, l’aspect sécurité et les réactions à ce type de nouvelle. Ensuite est abordé ce qui risque d’attendre des Canadiens dans une telle situation et finalement, une mise à jour du cas de Renée. Bonne lecture.

Toutes nos condoléances à la famille et aux proches de Judith Zena Baylis, une citoyenne canadienne assassinée au Mexique récemment (26 juin). Elle a été tuée dans une banlieue de San Miguel de Allende, une localité soit disant sécuritaire. Seulement trois américains (« Andrew », Peter C. Mudge and Joseph Henry Feuerborn) ont été assassinés sur une période de trois semaines en janvier dernier. Il y a aussi Debbie McKeen de Vancouver qui a été retrouvée morte le 21 février dans sa chambre d’hôtel à San Miguel de Allende.

Restez assuré par contre que San Miguel (139 237 habitants) est sécuritaire, si on se fie à ce qui se dit. Sécuritaire comme tous les endroits fortement fréquentés par des touristes/expatriés. Isla Mujeres est sécuritaire aussi : 12 642 habitants, deux meurtres extrêmement brutaux en l’espace de cinq ans (deux femmes caucasiennes (1)(2)). Depuis l’assassinat de Renée, il y a eux trois autres morts violentes rapportées; une liée aux narcos trafiquants et deux dans la prison de l’ile(1)(2) . Il y a aussi eu un cas de kidnapping en avril dernier. Puerto Vallarta, où un autre Canadien a été tué le 30 mai dernier (Leonard Francis Shell, 25 coups de couteau), est sécuritaire aussi ; un clip moque même la situation de la sécurité dans cette localité sur YouTube. Il semble que les couteaux, les touristes et le Mexique ne sont pas la meilleure des combinaisons.

Les médias rapportent que Mme. Baylis connaissait probablement son assassin. Elle aurait reçu entre 21 et 23 coups de couteaux (dépendant des articles). La seule manière de le savoir est de lire le rapport d’autopsie. Dans le cas de Renée, ça oscillait entre 20 et 36 dans les journaux. 42 correspond au nombre exact, mais on ne voudrait pas faire peur aux gens, alors publions 20. 42 ferait vraiment craindre aux touristes d’aller dépenser leur argent durement gagné dans un paradis, un paradis très sécuritaire.

Comme pour les autres cas, plusieurs expriment leurs craintes quant à la sécurité réelle dans ce pays dans les commentaires des articles. Cela est plutôt normal considérant qu’un citoyen canadien à 34 fois plus de chance de se faire tuer au Mexique que dans leur pays. Ce chiffre commence à dater et avec tout ce qui s’est produit depuis, serait plus que certainement revu à la hausse. W5 de CTV rapporte aussi que statistiquement, le Mexique est l’endroit le plus dangereux pour les citoyens canadiens.

Comme à l’habitude, de l’autre côté du spectre, il y a les révisionnistes pro-Mexique. Généralement des expatriés ou des touristes, ils déferlent sur les forums et les commentaires des articles pour tenter d’excuser l’inexcusable ; « les crimes se produisent partout », « la victime l’a cherché, elle ne savait pas voyager », « je vais souvent au pays et je n’ai jamais eu de problèmes », « je connais beaucoup de Mexicains et ils sont tous très gentils », et ainsi de suite. Certains vont même jusqu’à faire l’apologie des Autorités mexicaines de vouloir protéger le tourisme en diffusant des propos outrageusement diffamatoires sur les victimes sous-entendant qu’elles sont responsables de leur sort. Certaines de ces affirmations sont fondées, d’autres sont tout simplement du déni et purement offensantes pour les proches des victimes.

Le conflit des narcos trafiquants et la corruption sont généralement les causes invoquées comme explications pour les crimes, incluant les meurtres, au Mexique. Aucun cas de Canadiens tués au Mexique rapportés sur Mexinada n’est relié à la drogue. Pour ce qui est de la corruption, nous pouvons affirmer avec certitude que ce ne sont pas tous les officiels qui sont corruptibles.

Nous avons aussi reçu des commentaires sur ce site nous encourageant à promouvoir le tourisme au lieu d’exposer l’autre coté de la médaille. Injecter encore plus d’argent règlerait, selon eux, le problème. C’est à se demander si lorsque leurs enfants font des bêtises, ils leurs donnent des cadeaux pour encourager ces comportements.

De retour au dernier cas, sauront-ils ce qui s’est réellement passé? Très peu de chance. Les médias mettent de l’avant la théorie du vol, même s’ils rapportent que très peu de chose semblent manquer. C’est typique, ce n’est pas la première fois que c’est évoqué. Par contre, les chances sont élevées qu’après le passage des Autorités, beaucoup plus de biens manqueront à l’appel…

Nous ne connaissons pas les lois de l’État de Guanajuato (où est situé San Miguel de Allende), mais si elles ressemblent à celles de Quintana Roo, la famille de Mme. Baylis risque de voir ses droits garantis par la constitution grandement diminués. Si tel est le cas, ils pourront demander à une Cour fédérale mexicaine d’invalider ces lois. Il est certain qu’une famille n’a rien de mieux à faire quand un de ses proches est assassiné à l’étranger et désire simplement que le pays où cela se produit respecte ses propres lois. Ces absurdités font partie des plaisirs à découvrir de nouvelles cultures.

Les Autorités canadiennes prétendent que leur but est de s’assurer que les victimes et offensés soient traités comme des nationaux mexicains. Lorsque ce n’est pas le cas, ils ne font rien. Le soutien consulaire canadien consiste généralement en des listes de personnes ressources dans le pays hôte, des photocopies et un sourire.

La famille de Mme Baylis obtiendra telle justice ? Ils y a déjà plus de chance. Elle vient de l’Ontario et historiquement, les Autorités canadiennes donnent une aide plus complète (Branda Martin, le couple Ianierio, Cody LeCompte). Il leur faudra faire du bruit dans les médias aussi pour que leur gouvernement daigne d’aider les citoyens qu’il doit théoriquement servir. Toutefois, notre expérience nous a appris que ce n’est pas une bonne idée de faire trop de bruits pendant que vous êtes sur place. Cela peut vous amener des conseils amicaux concernant la possibilité de disparaitre. Mais il ne faut pas s’inquiéter, c’est un endroit sécuritaire. Les mensonges et les déceptions servis par les officiels mexicains font aussi partie du folklore, du plaisir de découvrir d’autres cultures. Dans un endroit où chaque jour on peut voir des corps ensanglantés, souvent décapités, en frontispice des journaux, il peut devenir normal que les meurtres soit traités de manière triviale.

Une autre similarité avec notre cas est le suspect. Bien que dans le nôtre, l’assassin ait été arrêté sur les faits, il y a de graves évidences (que les Autorités canadiennes et mexicaines refusent toujours de traiter) qui indiquent qu’une tierce personne pourrait être impliquée. C’est à ce niveau que les similitudes s’entrecroisent, un employé de la victime.

22 mois plus tard, nous attendons toujours que les deux gouvernements entreprennent les démarches légitimes et nécessaires pour aller au fond des choses, et amener l’individu concerné devant la justice s’il est coupable de ce que les évidences semblent indiquer. Cet homme que nous appellerons VJ était bénéficiaire de certain actif de Renée. Il avait une relation intime avec elle, une relation qu’elle a terminée quelques jours avant sa mort. De surcroit, un appel a été logé sur son cellulaire depuis la scène de crime une heure après la mort de Renée. Cet appel a été fait à partir du cellulaire de Renée qui a été expertisé par les autorités locales. Notre avocat décédé en octobre 2010, César Garza, l’a aussi confirmé directement avec VJ : l’assassin est celui qui l’a appelé depuis la scène crime une heure après la mort de Renée. Notons que Mr. VJ nous a aussi demandé de détruire des évidences : des photographies de lui et de l’assassin assis à la même table. Une amie mutuelle de Renée et de VJ, Mme. GH est celle qui avait pris ces photos. De plus, elle entretenait une relation intime avec l’assassin. À ce jour, elle refuse toujours de parler du cas. Ces évidences et les questions qui en découlent flottent depuis les semaines qui ont suivi l’assassinat, mais aucune réponse n’a encore été fournie.

À ce stade, tous les examens que l’assassin a subis ont prouvé sans l’ombre d’un doute qu’il ne souffre d’aucun trouble d’ordre psychiatrique ou neurologique, seulement de sérieux troubles de comportement. Donc, la théorie de la folie est à présent invalidée. Certains spéculent que si c’était un complot, il aurait déjà dénoncé ses complices. Jusqu’ici, il n’a jamais été questionné sur ces individus, bien qu’il ait mentionné lors de son seul et unique interrogatoire avoir été en relation avec GH. Les conditions dans lesquelles se passe sa détention suggèrent aussi la contribution de tierces personnes. Cigarette, alcool, vêtement, être en mesure de creuser un trou dans un mur avec une fourchette ; quelques indices de l’anormalité de tout ceci. Nous savons que ce n’est pas sa famille puisque leur seul souhait est qu’il revienne au Texas pour qu’il réponde au meurtre de sa mère. Les probabilités iraient plutôt vers une personne de Isla Mujeres.

Malgré de grands efforts pour trouver des solutions à travers le politique, que ce soit au niveau du gouvernement, de l’opposition, du corps diplomatique des deux pays, et même d’un sénateur qui supporte les droits des victimes, ces demandes légitimes, et ignorées, sont toujours aussi vivantes et demandent toujours des réponses. De voir à nouveau un cas avec certaines similitudes de celui de Renée, ne fais que rappeler la difficulté à obtenir réellement justice au Mexique, surtout si cela peut endommager le tourisme. Le retour sur investissement pour l’industrie touristique du projet « régler le cas » ne serait-il pas plus grand que le projet « masquer le cas » ? Combiens d’autres gens vont avoir à vivre de telles situations avant que quelque chose de concret ne soit fait ? À tout le moins reconnaitre l’existence de ces problématiques. La justice est un des piliers de la démocratie. Le Mexique en est une et possède un système de justice, mais très peu est fait quand les droits des offensés sont bafoués. Ces éléments sont beaucoup plus inquiétants que les probabilités de subir une mort violente à l’étranger.

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